Vers la sobriété heureuse…

Vers la sobriété heureuse…

17 mai 2020 0 Par experimentor

Je vous parle aujourd’hui d’un livre qui figure parmi les ouvrages les plus intelligents que j’ai eu l’occasion de lire ces dernières années. Clairement dans le top, section subversion tranquille, mais pourtant d’une efficacité redoutable, et à contre-courant des idées mainstream toxiques de notre époque.

Cet article n’a aucune structure et je me rends compte que finalement je n’ai pas la motivation de faire une synthèse de ce livre. Prenez-le donc comme une collection de réflexions qui me viennent.

Pierre Rabhi est un grand homme. Écologiste convaincu, il partage ses expériences et ses réflexions autours de ses livres et conférences. Contrairement à beaucoup d’écolos de salons parisiens, lui a expérimenté la permaculture, il a mis jeune les mains dans la terre. Et la terre, il l’aime de tout son être. C’est à cela que l’on reconnais les vrais, ceux qui pratiquent, ceux qui gardent le contact avec la base, avec l’humus, avec le travail et peuvent apprécier la récompense de leur efforts.

Vers la sobriété heureuse est paru en 2010, c’était il y a 10 ans déjà. En le découvrant récemment, j’aurais pu l’imaginer écrit cette année, en 2020, à l’heure du corona et de l’impasse de tout un système. Tout ce dont il parle est plus d’actualité que jamais et il est terrifiant de constater autant de lucidité. La décennie 2010 a montré une nouvelle étape dans la compréhension des mécanismes du nouvel ordre mondial, qui prend de plus en plus sa forme définitive : la destruction des civilisations, des cultures, de l’éthique, de l’humanité toute entière.

La crise économique de 2008 a eu le mérite de réveiller les esprits éclairés et sensibles, elle a insufflé aux véritables intellectuels un saut qualitatif dans la compréhension de ce monde en roue libre. Elle a permis aussi de synthétiser et de mettre en lumière les plans ignobles d’une oligarchie nomade et apatride, totalement hors sol.

 

La critique d’un monde devenu fou

Vers la sobriété heureuse s’articule autours d’une critique particulièrement intelligente de notre société actuelle, régie par l’idéologie du productivisme, de la rentabilité à tout prix, de l’avoir au détriment de l’être. Ce livre est un argumentaire dense et sans blabla.

Pierre Rabhi, est foncièrement débonnaire. Mais pas naïf pour autant. L’air de rien, il a le tact pour mettre à nu un système pervers et fallacieux. Sans s’acharner sur des individus en particulier, mais en désossant l’idéologie dans laquelle ils baignent depuis l’enfance. Cette idéologie mortifère qui sépare l’humain de la terre et par voie de conséquence les détruit tous les deux.

 

Sobriété n’est pas misère !

Le concept de sobriété s’oppose foncièrement à l’état d’esprit de la société libérale-libertaire actuelle, dans laquelle la tentation et la surconsommation représentent le moteur économique mais aussi la finalité de toute existence. Acheter, posséder, convoiter, travailler, s’endetter, acquérir la propriété, c’est devenir quelqu’un.

En réalité, le sens de l’existence se rapproche bien d’avantage de la conscience et de l’appréciation du moment présent que de toutes les possessions superflues.

La misère, c’est ce qui nous attends presque tous au rythme où vont les choses, nous les esclaves des 1% qui manipulent à leur seul profit les 99 autres, le tout dans la division, car sans elle, ce système ne pourrait perdurer.

La sobriété, c’est vivre avec l’essentiel, sans privations, en solidarité les uns avec les autres, sans détruire notre planète qui permet à tous l’existence.

 

Convergences des luttes

En 2011 paraissait Comprendre l’Empire, demain la gouvernance mondiale ou la révolte des nations ? d’Alain Soral. Le sulfureux Alain Soral, enfin pour les habitués de BFMWC bien sûr. Un ouvrage majeur, dense, imprégné de concepts articulés, pas toujours faciles à cerner pour des gens comme moi, non familiers des grands penseurs, mais pourtant très éclairant. à tel point qu’il est traduit en plus d’une dizaine de langues dans le monde et vendu à plus de 100 000 exemplaires.

En lisant Vers la société heureuse, ce qui m’a frappé, c’est la convergence de thèmes déjà abordés chez d’autres auteurs, avec toute l’adresse d’être expliqués différemment, avec ses mots à lui. Il y a néanmoins un petit quelque chose en commun… On ne parle pas de satanisme ou textuellement d’inversion des valeurs propre à notre monde du “progrès”, mais il désigne en fait les mêmes problèmes. La simplicité de Pierre Rabhi à s’adresser au plus grand nombre est une force indéniable. On retrouve une densité d’écriture permettant un format court (160 pages) d’une terrible efficacité. Simplicité, bienveillance, positivité, n’empêchent en rien une critique fine et pertinente…

Ces deux ouvrages appartiennent chronologiquement à la même décennie 2010, celle de la compréhension approfondie du nouvel ordre mondial, et de l’alerte donnée à l’humanité. Rabhi et Soral vivent chacun leur vies respectives, mais partagent cette attachement au vrai, à l’essentiel, à l’amour. Ils savent discriminer l’authentique du fallacieux. Cela m’a paru d’une grande évidence à la lecture.

 

Nécessité de la formation intellectuelle

Toute personne s’intéressant aux notions d’autonomie, de survivalisme, de permaculture, doit, vu le temps restant et la marge de manœuvre de plus en plus limitée, évidement se former rapidement à un maximum de techniques et acquérir auprès des bonnes personnes et des bons ouvrages de nombreuses compétences qui lui serviront dans le monde difficile de demain. La connaissance et la pratique représentent invariablement les bases de l’émancipation.

Par ailleurs, dans tous les cas, quelles que soient nos opinions politiques, la formation intellectuelle constitue la souche même de notre capacité d’action. Nous avons besoin de comprendre les choses, de pouvoir dégager ce qui essentiel du superflu. Et ce qui est remarquable, c’est à quel point nos enseignements scolaires ne permettent pas de réfléchir et d’articuler une pensée pertinente. Ce qui nous manque est peut-être l’essentiel justement. Mais rassurez-vous, ce n’est pas une fatalité : l’essentiel de notre apprentissage émane de notre curiosité, et nous n’avons pas besoin de programme fixé par des sachants pour cela. Reste à sélectionner des auteurs réellement intéressants parmi la foule de publications qui remplissent les étages des librairies… votre intuition vous guidera 😉

Face à l’idéologie mortifère dominante, il est nécessaire de proposer des concepts alternatifs. Nous avons besoin pour résister et nous organiser en tant qu’opposants politiques (de fait, n’ayons pas peur des mots), mais aussi comme esprit ingénieux capable d’inventer un avenir meilleur, de concepts afin de désigner les actes qui ont un sens particulier pour nous.

Pour comprendre le raisonnement profond de la société actuelle et le combattre, il est nécessaire de constituer notre propre formation intellectuelle. Ce livre à mon sens a tout lieu d’en faire partie.

 

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Si vous trouvez que cet article a été écrit n’importe comment, vous avez certainement raison, mais après tout, on s’en fou. Lisez ce livre.