Pourquoi je paille au chanvre ? (A.K.A. chènevotte)

Pourquoi je paille au chanvre ? (A.K.A. chènevotte)

9 septembre 2021 0 Par jo'

On connaît le chanvre pour ses fleurs (têtes) plus ou moins délicates à fumer, ou pour fabriquer des cordages et des vêtements, ou encore son huile au goût rappelant la noisette. Saviez-vous qu’une de ses nombreuses utilisations est aussi d’offrir un excellent paillage au jardin potager ? Je l’ai testé durant tout l’été et je vous livre mes résultats prometteurs.

 

Article en cours de finalisation. Vous pouvez dès maintenant le parcourir pour profiter de mon expérience. Illustrations dès que possible !

Nous allons parler aujourd’hui du chanvre sous forme de paillis, ce sont concrètement des copeaux, autrement dit des déchets issus de la culture du chanvre. J’ai découvert le paillage de chanvre en regardant une vidéo d’un total mordu de paillage : William le potagiste. Le moins que l’on puisse dire, c’est que c’est pour le moins surprenant. Je me suis dit qu’un truc pareil, c’était à essayer d’urgence ! Et hop, trouvé en jardinerie ! Au terme de plusieurs mois de mise à l’épreuve, je vous propose un petit retour d’expérience… Je vous propose donc de découvrir les caractéristiques de ce paillage particulier, mes résultats, ainsi que quelques conseils quand à son utilisation (ce n’est jamais de trop)

Cet article sur la chènevotte reflète mes pratiques culturales, mes goûts, inspirations, lectures, expériences, mes méthodes, le terrain difficile sur lequel je tente de cultiver au mieux. Il subsistera de nombreuses lacunes et imperfections, merci d’en tenir compte et surtout… de vous faire VOTRE propre expérience ! Rien de plus enrichissant que d’expérimenter par soi-même 🙂

 

La chènevotte, qu’est-ce que c’est ?

issu des restes d’industries utilisant la plante entière pour diverses utilisations (vêtements, cordages…). La chènevotte est la partie extérieure des tiges du chanvre, broyées en petits morceaux. Il parait que cette plante ne reçoit jamais de pesticides, ce qui tout comme le foin, lui donne l’avantage d’être en quelque sorte “bio”, même sans le précieux label. Vous n’épandrez pas de pesticides sur votre terrain, c’est déjà un bon début 😉 (et on ne peut pas en dire de même pour la paille, constituée des tiges de céréales comme le blé, bien arrosées de saletés en culture dite conventionnelle !)

Je ne prétends pas que le paillis de chanvre représente une méthode de recouvrement parfaite, ultime, utilisable partout et tout le temps, sans défauts… loin de là. Cependant ses avantages & inconvénients méritent votre attention afin de vous permettre de faire le meilleur choix en fonction de votre situation. Comme tout matériau de recouvrement du sol, le paillis de chanvre a ses propres caractéristiques qu’il est essentiel de bien comprendre avant de l’étaler sans savoir ce que l’on fait (enfin c’est mieux hein, vous n’allez pas tout casser avec ça de toute façon;) )

Certains diront que le paillis de chanvre, c’est snob, trop cher pour ce que c’est… je les laisse penser ce qu’ils veulent 🙂 L’important, c’est de se cultiver.

 

 

Les propriétés de la chènevotte en pratique

Les aspects pratiques que je vais aborder reflètent mon utilisation durant le printemps et l’été 2021 sous un climat semi-continental. Printemps humide, été pas trop chaud mais relativement sec. Je me suis parti durant l’été, seuls quelques arrosages et rares pluies ont hydraté le jardin durant mon absence. Je constate les résultats fin août et début septembre.

 

Une couche respirante mais étanche aux adventices

Le paillis de chanvre est parmi les recouvrements les plus efficaces à empêcher la levée des adventices. La lumière a en effet beaucoup de difficultés à atteindre le sol avec une couche de seulement 5 cm d’épaisseur. À mon retour fin août, presque aucune adventice n’a réussi à passer la couverture en paillis de chanvre ! Les quelques unes qui sont passées devaient logiquement avoir germé avant le recouvrement… ce qui ne m’a pas empêché de les arracher avec une grande facilité, puisqu’elles se sont épuisées à traverser la couche…

Malheureusement je ne pense pas que le chanvre soit suffisant à étouffer du rumex ainsi que certaines plantes particulièrement coriaces ! Un arrachage manuel ou un bâchage durant plusieurs mois sera nécessaire pour vous débarrasser de ce type de gêneurs.

 

Excellente capacité de rétention en eau

Le chanvre a cette capacité incroyable à gonfler en présence d’eau, et de la retenir durant un certain temps (qui dépendra de la température).

Attention cependant : si la saison s’avère pluvieuse et que les plantes à protéger craignent un excès d’humidité (oignons…), vos cultures pourraient en faire les frais !

 

Croûte sèche à l’extérieur, humidité à l’intérieur

Une des caractéristiques les plus remarquables de la chènevotte est de constituer en quelques jours seulement une croûte superficielle. Les copeaux de chanvre vont naturellement s’agglomérer et “figer”. En pratique, tout cela restera meuble pour qui gratte un tout petit peu.

 

Isolation thermique face aux grosses chaleurs

Alors là les amis c’est un point particulièrement intéressant. Vous le savez probablement : le chanvre est utilisé comme matériau d’isolation dans certaines maisons récentes. Il se montre également efficace pour limiter les envolées excessives des températures du sol au potager. Bien sûr, un sol est toujours plus actif lorsque sa température augmente, c’est aussi pour cela que certains jardiniers retirent le paillage en début de printemps afin de laisser réchauffer le sol, mais ce n’est pas le sujet.

La chènevotte disposée en plein été, le sol ne se desséchera pas dès les premières chaleurs. J’ai testé en grattant les 5 cm de recouvrement, et effectivement, il y a une sacrée différence de température ! Tout reste “frais” en dessous. Je n’ai pas testé durant l’hiver, pour des raisons que j’explique plus loin. Du coup, je ne sais pas s’il garde aussi bien la chaleur, à tester chez vous…

 

Se fait rapidement dévorer par le sol !

Aspect non négligeable qui sera un avantage selon certains, un inconvénient pour d’autres.

À noter que plus votre sol sera vivant, c’est-à-dire habité par une diversité de micro-organismes, plus vite le chanvre sera mangé. De base, il s’agit d’une substance facilement assimilable par le sol.

 

En résumé :

Avantages :

  • forte capacité couvrante
  • puissant isolant thermique
  • ne s’envole pas une fois figé
  • repousse les limaces (dans une certaine mesure, tout est relatif je crois…)
  • léger, agréable à manipuler, facile à installer au pied des cultures
  • retient remarquablement l’eau en dessous, laisse une couche sèche en surface.

Inconvénients :

  • apporte surtout du carbone et assez peu d’azote au sol. Rapport C/N de 150
  • le prix : plus onéreux que d’autres paillages, il peut revenir cher si vous l’épandez sur tout le potager
  • intrant provenant de cultures françaises ou étrangères, le problème reste le même : vous ne le produisez pas vous-même ! En cas de crise, serez-vous toujours approvisionné, et à quel prix ?

 

Ce que j’ai fait, ce que je ferai à l’avenir, mes conseils

Je me suis lancé dans l’utilisation du chanvre comme paillis pour tenter une nouvelle expérience au jardin et résoudre des problèmes de gestion des arrosages. Je suis parti très enthousiaste de ce premier test… et aujourd’hui, après une saison d’utilisation, je n’en suis absolument pas déçu ! Test concluant !

De mon expérience et grâce à mes lectures, je pense qu’il est sage d’utiliser la chènevotte avec discernement, non pas qu’elle soit dangereuse bien sûr, mais l’utiliser d’une façon exagérée ou non optimale risque de vous faire perdre les avantages d’autres pratiques complémentaires. Je m’explique.

 

Où l’utiliser ? Quelles cultures accompagner ?

Tel un bon vin accompagnant un met, il existe des associations culturales plus réussies que d’autres. Ceci vaut probablement aussi entre le type de culture et son paillage. De mon expérience, la chènevotte trouve selon moi toute son utilité à couvrir des zones de culture que l’on aurait bien du mal à protéger avec des paillis plus grossiers, comme la paille. Essayez de couvrir du basilic jeune ! Ah oui, c’est chiant ! Avec du chanvre, vous pouvez même pailler sans difficultés une rangée de carottes ! (de quelques semaines)

Les fraisiers semblent apprécier particulièrement le chanvre. La sécheresse superficielle du chanvre accueille parfaitement les petites fraises, craignant l’humidité 🙂 Alors que le pieds lui restera dans un substrat humide… parfait non ?

Je dirait qu’il n’existe pas beaucoup de contre-indications. Même les oignons n’ont pas pourri alors qu’ils sont censés ne pas aimer l’excès d’eau, un bon point. D’intuition, je dirait que tant que votre sol n’est pas sujet à une forte rétention d’eau (type très argileux), le chanvre conviendra pour pratiquement toute les cultures…

 

Quel est le meilleur moment pour balancer du chanvre ?

Son intérêt se profile surtout en fin de printemps et durant l’été, au moment où le soleil ainsi que les chaleurs qui l’accompagnent, déshydratent sols et cultures. À ce moment, il constitue tel un sauveur de circonstances, une couche isolante assez pertinente selon moi. Une fois la saison chaude arrivée à terme, début ou fin septembre suivant votre région et la météo, recouvrez ses restes avec du foin et/ou des déchets verts de cuisine.

En effet, de part sa composition et son rapport C/N assez élevé (150!) une utilisation intensive et annuelle pourrait éventuellement et si vous n’avez pas de bonnes conditions emmener le sol vers ce que l’on appelle, la très redoutée des jardiniers, faim d’azote. (Rassurez-vous, elle est réversible et temporaire). Mouai… je crois qu’il faudrait vraiment abuser de la chènevotte pour en arriver là !! Dans tous les cas, afin d’éviter ce genre de désagréments, des apports de purins d’ortie fait maison, de sang séché, d’urine, etc, ajoutés dans l’arrosoir se montreront fortement utiles pour bien nourrir vos légumes. (au passage : vous renseigner sur l’utilisation de chacun de ces intrants naturels)

D’autre part, il est peut-être un peu exagéré de tout pailler au chanvre ? Étant donné son prix et ses caractéristiques, ce n’est pas forcément judicieux. Si votre sol est pauvre et a besoin de s’aggrader (contraire de s’aggraver), il est bien plus pertinent d’étendre du foin en bonne quantité par exemple.

 

Aller plus loin dans la découverte du paillage

Je ne saurai que trop vous recommander la lecture du potager du paresseux, par Didier Helmstetter.

ça mériterait bien un petit conseil de lecture, ce bouquin…